IRONMAN France Nice
22 Juin 2008
Et voilà. De retour de l'Ironman de Nice, voici le récit de ma longue... très très longue journée
4 h00 (H moins 2h30). Le réveil a sonné mettant fin à une nuit très courte. J’y suis à ce D-Day tant attendu. Pas de stress… En revanche une grande impatience. Le temps d’ingurgiter le fameux gatosport et direction La Promenade des Anglais. Entrée dans le parc à vélos où nos engins ont été déposés la veille. Un coup de pompe pour regonfler tout ça, j’enfile la combi, échange quelques mots avec mon voisin de parc et direction la plage du Centenaire.
6h30 (heure H). 2500 pingouins sur la plage pendant que la sono crache un trop plein de décibels. Même s’il faut faire monter la sauce, dommage que l’on soit privé du moment où tous les triathlètes s’applaudissent une dernière fois pour se donner du courage et se souhaiter une bonne course. Lever les bras pour taper dans les mains sur fond de Bob Sinclar, c’est quand même bien moins "solennel" mais je suis très fier d’être au départ de cet Ironman…. J’espère être à la hauteur.
Et c’est donc parti pour une agréable partie de lessiveuse. 2500 gugusses sur quelques mètres, forcément, la boucherie annoncée est au rendez-vous. Inutile d’essayer de viser les bouées, pour l’instant, la survie est la seule préoccupation. J’ai la première bouée à 1000m en ligne de mire, j’arrive à trouver mon rythme. Les sensations sont bonnes et je suis suffisamment concentré pour penser à ma technique. Demi-tour à la bouée des 1200m. Avec cette fois le soleil levant dans les yeux, le spectacle est magnifique. On se croirait dans un film. A chaque respiration, on parvient juste à distinguer un océan de bonnets et des bras sortir de l’eau, le tout avec les montagnes de l’arrière pays niçois en fond d’écran. En revanche, pas moyen de voir les bouées. Alors je fais confiance à ceux de devant pour tracer le bon cap. Sortie de l’eau après 2400m, un petit coup d’œil sur le chrono pour voir que je suis dans les temps.. Deuxième boucle de 1400m nagée sur le même rythme que la première malgré un petit écart au retour sur la plage. 1h03 à la sortie de l’eau, le temps est passé vite. Premier objectif atteint (natation < 1h10)
7h40 (H + 1h10). Après la transition, en route pour 180 bornes de vélo. Le départ est rapide. Au km 9 j’entends des « allez Laurent » derrière moi. Je tourne la tête c’est Jalabert qui me double sur son LOOK 596 (nouveau modèle de la marque que Jalabert teste sur cette course). Deuxième objectif atteint, sortir de l’eau devant Jalabert et le voir me doubler à vélo. Première difficulté du parcours au km 20. Montée à 10% sur 500m que je passe sans difficulté. La deuxième difficulté arrive au km 50. La montée du Col de l’Ecre… interminable. 21km de grimpette Allez courage, c’est juste un mauvais moment à passer. La chaleur qui tape fort sous le casque, je pense à bien m’hydrater et grimpe au train en tournant bien les jambes. Je prends du plaisir dans la descente qui suit quelques kilomètres plus loin. Le reste du parcours s’effectue sans problème, hormis une douleur à l’intérieur de la cuisse gauche au km 90 et qui s’est passée une dizaine de kilomètres plus tard. Ainsi qu’un dérapage dans un virage en descente où j’ai bloqué la roue. Je n’ai pas assez d’expérience dans ce genre de descente en lacet donc je ralentis un peu pour ne pas risquer de chuter. Troisième objectif réussi, parcours vélo effectué en 5h51m02 < 6h.
13h30 (H + 7 heures), le vélo est enfin de retour dans le parc. Nouvelle transition et place au marathon, quatre boucles de dix kilomètres sur la Promenade des Anglais. Le thermomètre affiche 35° à l’ombre… Petit problème, il n’y a pas d’ombre. C’est donc sous au moins 40° que l’on attaque cette balade. Pas besoin de se souvenir qu’il faut partir prudemment. Je comprends très vite que les 3h30 espérées seront inaccessibles. Peu importe. Pour l’instant, le seul but est de continuer à trottiner entre chaque ravitaillement (tous les 1,7km). Boire. Boire encore et encore. Et surtout faire baisser la température du corps. Eponges sur la nuque, le visage, partout où ça peut faire du bien. Premier tour bouclé. Plus que trois… Premier coup de barre au km 15. Voir autant de monde en train de marcher renforce forcément la tentation de les imiter. C’est là que le mental prend le relais. Pas question. Le but est clair : fixer au loin les points de ravitaillement. Quel pied de se faire asperger de la tête aux pieds par un tuyau d’arrosage ! Quelques instants de fraîcheur au cœur de cette fournaise. Profiter des pauses buvette-douche pour marcher un peu puis repartir. Jusqu’au prochain. Ce deal sera respecté jusqu’au terme de ces 42,195km, avec évidemment une alternance de " bons " moments où on a l’impression de " voler "… à 11 km/h… et d’autres plus compliqués à gérer où on se demande ce qu’on fout là. Dans ces instants, on comprend pourquoi la plupart des gens nous prennent pour des tarés. Parce que franchement, faut être malade pour se taper un marathon sous la canicule après voir déjà enquillé 180 bornes de vélo le matin… On se dit que c’est la dernière fois et que l’on ne vous y reprendra plus. Et puis ça passe. Petites pensées également aux athlètes qui arrivent encore à vélo. Mais mieux vaut projeter mes pensées vers la ligne d’arrivée. Je me dis que j’en n’ai pas bavé à l’entraînement depuis sept mois pour renoncer, là, maintenant.. A partir du km 25 je sens des douleurs aux quadriceps, signe que les crampes ne sont pas loin. Le dernier tour se passe plutôt bien. L’idée de bientôt s’engouffrer sur la " finish line " en montrant fièrement les trois chouchous remis à la fin de chaque tour, témoins d’un marathon enfin achevé, me fait avancer encore et encore. Cette médaille, je vais l’avoir. Et ce sera forcément la plus belle du monde. Je profite des derniers encouragements d’anonymes spectateurs venus du monde entier dont on se sent pourtant si proches lorsqu’ils crient votre prénom inscrit sur votre dossard.
Le Negresco et donc la ligne d’arrivée qui se rapproche. Derniers hectomètres pour savourer, pour me souvenir du chemin qui m’a amené jusqu’à cet instant. A n’avoir pratiquement pensé qu’Ironman au détriment de plein d’autres choses mais sans jamais être tenté de laissé tomber. Un chemin qui fut aussi une histoire de famille avec ma femme et mes enfants pas toujours ravis de voir papa aller s’entraîner mais qui peuvent aujourd’hui en être fiers. Alors merci à vous.
Me voici donc finisher de mon premier Ironman avec un chrono de 10h59m35.
Tout ça pour une médaille… Mais quelle médaille !
Pour la partie plus " technique " de ma course, contrairement à beaucoup de participants dont Jalabert), aucun problème gastrique n’est venu perturber cet IM. Peut-être en raison de l’usage raisonnable des gels et boissons énergétiques. A 70% mon alimentation s’est résumée à de l’eau et des bananes. Avec la chaleur je n’avais pas d’appétit pour absorber du solide (barres et gatosport). Sur la partie cycliste, de l’eau avec du coca chauffé par la température et de temps en temps de la boisson énergétique (surtout pour le goût), ainsi que quatre gels énergétiques. Pour le marathon : pratiquement que du coca coupé avec de l’eau et des morceaux de banane. Côté tenue, tri-fonction du début à la fin de la course. Aucun pépin physique à noter et juste quelques légitimes courbatures dans les cuisses le lundi.
Temps natation : 1 h 04’16’’ (523e)
Temps transition 1 : 6’24’’
Temps vélo : 5 h 51’02’’ 30,77 km/h (523e)
Temps transition 2 : 6’04’’
Temps marathon : 3 h 51’49’’ (317e à la fin du marathon ; 206 places gagnées)
Temps final : 10 h 59’35’’ (317e sur 2500 au départ et 1966 à l’arrivée. Plus de 500 abandons et arrivées hors délais)
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